samedi 29 mars 2014

[J'analyse pour Vous] En livre, en film et en flacon. (Parfum inside)

Touche pas à mes Bouquins - TPMB
J'ai ajouté mes flacons du parfum Jimmy Choo (de Jimmy Choo donc) aux photos, parce que je l'aime d'amour et que c'était bien l'occasion!


Ces psychopathes qui nous fascinent.


«Cette possession et cette perte lui parurent plus désirables que de renoncer abruptement à l'une comme à l'autre. Car il avait passé sa vie à renoncer. Tandis que jamais encore il n'avait possédé et perdu.»

Le Parfum, il trainait depuis des années chez moi. J'en connaissais les grandes lignes, un personnage un peu étrange doté d'un nez extraordinaire, d'une obsession pour les odeurs et de l'ambition de créer le parfum ultime. Ce qui m'échappait en revanche, c'était le sous-titre : Histoire d'un meurtrier.

Et si j'avais su, je me serais réveillée avant.

Le Parfum - Patrick Süskind
4ème de couv' : Au XVIIIème siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque. Il s'appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n'aurait pas survécu. Mais Grenouille n'avait besoin que d'un minimum de nourriture et de vêtements, et son âme n'avait besoin de rien.
Or ce monstre de Grenouille, car il s'agissait bel et bien d'un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout-puissant de l'univers, car "qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes." 

(Petit lycée ou collégien, si tu t'es égaré par ici parce que ta prof de français t'as donné à lire et étudier Le Parfum de Patrick Süskind cette année, picore donc l'article qui suit, tu pourras sans problème y voler une ou deux idées pour ta dissertation ou ton commentaire, tout est estampillé et garanti bachelière littéraire. Tu peux aussi me poser toutes les questions que tu veux, je suis aussi là pour t'aider, petit étudiant).

A l'image d'un Dexter Morgan (que je ne connais pour le moment qu'en série TV) ou d'un Kévin Khatchadourian (de Il faut qu'on parle de Kévin, qui est un mes livres préférés de la planète entière!) Jean-Baptiste Grenouille fait parti de ces personnalités qui, à travers leur psycho ou sociopathie décrivent bien souvent davantage de réalités humaines que d'autres figures romanesques plus normales ou héroïques. Parce qu'au quotidien, vous m'accorderez qu'on a plutôt tendance à détester le monde entier qu'à sauver des princesses enfermées dans des donjons.
Grenouille ne possède pas – ou peu – de caractéristiques le rattachant à l'humanité. Il l'observe donc sous un angle différent, distancié, qui lui confère souvent une grande lucidité.
Il se rend pourtant rapidement compte qu'il n'appartient pas à ce monde, qui l'ignore et le rejette constamment.

A l'aune de son cas (le sien mais aussi de tout ceux qui lui sont similaires) où placer le curseur, la définition de l'humanité? Est-ce que je suis né(e) avec? L'ai-je adoptée en évoluant parmi ceux qui la cultivent? A quoi tient-elle? A mon âme, à ma capacité à l'empathie, à aimer ou à souffrir? Ou peut-être que si je n'avais pas d'odeur et de fait, que personne ne m'aurait jamais remarqué(e), ni regardé(e), je n'existerais pas?

(Passion questions, tout ça.)

Le Parfum - Patrick Süskind extrait


Comme Dexter Morgan, Grenouille tente d'endosser le costume difficile d'un être humain insipide. Comme Kevin Khatchadourian, il échoue. Et s'il ne sait pas être personne, il va chercher à dominer tout le monde.
Grenouille expérimente la très difficile réalité de sur-percevoir le monde qui l'entoure mais d'y préférer l'univers qu'il développe en lui-même. Il n'a d'autre choix que de se replier pour vivre dans sa tête. Et à mesure qu'il s'éloigne physiquement, émotionellement et psychologiquement des autres, il s'éloigne de l'humanité.

Pour le plaisir de faire hurler les puristes, Grenouille m'a un peu rappelé un Edward Cullen du XVIIIème («Qui est ce Edouard Qeullène? S'enquière le doyen d'université depuis le fond de sa bibliothèque, centenaire et sourd comme un pot). Ou au moins à un vampire particulier, qui au lieu de se nourrir de sang, sucerait les odeurs du monde jusqu'à l'ivresse olfactive, obsédé par la fragrance ultime.

Grenouille nous donne matière à repenser la manière de «voir» le monde, lui qui le dévore et le conquiert à travers l'infinité des odeurs, quand beaucoup d'entre nous ne le regardent et ne l'enregistrent plus qu'à travers un filtre instagram.

La mère de Grenouille, son seul lien familial évoqué, n'est présente que pour les premières pages du roman. Elle est portant révélatrice de la suite et déterminante dans la personnalité de son fils. Elle est la première personne qui le rejette avant même de le voir, qui le considère comme un monstre plutôt qu'un bébé. Mauvais avant même d'être.
Sa mère sera aussi à l'image de tous les principaux personnages croisés par Grenouille tout au long du livre. Leurs destins sont narrés même après que Grenouille ait quitté leurs entourages. Loin d'être d'inutiles précisions, on remarque surtout que, sur son sillage, les morts prématurées s'alignent.

Le Parfum - Patrick Süskind
Je vous avais dit qu'il traînait chez moi depuis longtemps... Il n'est plus de première jeunesse ! 

Le Parfum - Patrick Süskind critique


Un mot sur le film :
Globalement fidèle au livre, il est, par sa forme, bien moins adapté à un récit psychologique et invisiblement olfactif que sa version papier.
J'ai regretté la présence d'une voix off narrative, pas indispensable selon moi, et qui ôte un peu de mystère au personnage en donnant trop de clefs pour expliquer son comportement, bloquant notre propre interprétation.
J'ai également ressenti un peu plus d'humanité dans le portrait fait de Grenouille, ce qui, à mon sens, le dénature quelque peu. Ben Whishaw porte en revanche le rôle avec beaucoup de crédibilité.



Cités dans cet article :

Le Parfum, histoire d'un meurtrier
Patrick Süskind
FAYARD / Le Livre de Poche
(1985)
réalisé par Tom Tykwer
(2006)
Il faut qu'on parle de Kevin
Lionel Shriver
BELFOND / J'ai Lu
(2003)
créée par James Manos Jr.
Showtime
(2006)

Et vous les chéris? Vous l'avez peut-être lu à l'école?
Ça vous a traumatisé? Vous avez kiffé?
Livre ou film? 
Vous en avez rien à fiche et vous préférez me parler de votre parfum préféré? 
Vous avez le droit aussi! 

2 commentaires:

  1. Oh, j'ai vu le film le mois dernier et je ne savais pas du tout qu'il était tiré d'un livre ! J'aime beaucoup l'histoire, je trouve ça original. J'ai pas trop apprécié la fin du film mais dans l'ensemble, ça m'a plu. Je me souviens de la scène où il distille le chat pour en obtenir l'odeur haha

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    1. Si tu as aimé le film, je te conseille vivement le livre qui est (comme souvent) bien supérieure à son adaptation :) Jolie plume, davantage de détails et de compréhension psychologique du personnage… Et puis la description écrite des odeurs est vraiment très intéressante!

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