mercredi 18 avril 2018

Le Procès de Rogue - CHAPITRE VI : SEVERUS ROGUE ÉTAIT-IL UN SI MAUVAIS PROFESSEUR ?

Consulter les chapitres précédents : Chapitre I - Chapitre II - Chapitre III - Chapitre IV - Chapitre V

Le Procès de Rogue

Pour passer à des thématiques un peu moins dramatiques mais qui animent souvent les procès dressés contre Rogue, je me suis penchée sur sa personnalité d’enseignant.
J.K. Rowling a révélé l’avoir vaguement basé sur un prof de physique-chimie qu’elle avait détesté. Le personnage de professeur de Rogue est donc littéralement construit pour incarner le cauchemar du collégien. Le lecteur a souvent découvert Severus Rogue alors qu’il était lui-même collégien, ou si ce n’est pas le cas, a toutes les chances d’avoir connu au cours de sa scolarité, un enseignant qu’il a craint et/ou qui a ressemblé, d’une manière ou d’une autre, au maître des potions. Au tout début du premier chapitre de cette très longue démonstration, je rappelais qu’il ne fallait pas oublier qu’on découvrait Rogue à travers le regard quasi-exclusif de Harry et que le portrait dressé du personnage par une simple lecture des romans s’en trouvait nécessairement erroné ou du moins, orienté. Je pense qu’il est nécessaire de le re-préciser avant d’essayer de comprendre qui il est en tant que professeur. Le point de vue sur la qualité de son enseignement dont on dispose en plus grande qualité provient d’élèves et particulièrement d’élèves de Gryffondor. Là encore, il aurait été pertinent de connaître le point de vue d’autres personnages sur le sujet, comme des élèves de Serdaigle ou de Poufsouffle (ou même de Serpentard, soyons fous), des adultes, d’autres professeurs ou même de Dumbledore lui-même.
Je ne crois pas pouvoir prouver et convaincre que Severus Rogue soit un bon professeur. D’une part, parce que je ne suis personnellement pas certaine que ce soit vrai, d’autres parts parce qu’un bon professeur ne l'est jamais pour tout le monde. Certains attendront ou auront besoin de la sympathie, d’autres d'une connaissance et d'une maitrise pointues, d’autres de la sévérité et de l’exigence… Et les définitions du bon professeur sont ainsi trop nombreuses. Mais je peux au moins essayer de te convaincre qu’il n’est pas si mauvais.

LE PROFESSEUR QUI NE VOULAIT PAS ENSEIGNER
Être un bon pédagogue, c’est comme être quelqu’un de sympathique : ça ne semble facile qu’à ceux pour qui c’est inné. Il ne me semble pas absurde de considérer que Severus Rogue n’a jamais eu la vocation d’enseigner. Il aspirait à faire de la grande magie, à devenir puissant et je suis quasiment sûre qu’il n’a jamais rêver d’apprendre à des enfants de 11 ans à faire une potion contre les furoncles qu’il pourrait lui-même préparer dans le coma, sous endoloris et avec une main attachée dans le dos. De ce qu'on sait, Rogue postule à un poste d'enseignant à Poudlard d'abord sous ordre de Voldemort pour espionner Dumbledore, puis pour rester sous la protection de ce dernier après avoir été innocenté puis en tant qu'espion à nouveau, mais cette fois avec un rôle d'agent-double. Il se retrouve obliger d'assurer un métier qui nécessite passion et vocation pour être effectué correctement et lui ne possède aucune de ces deux qualités. C'est toujours sous la contrainte qu'il assure ses cours - et même pas ceux de sa matière de prédilection.

LES ADOLESCENTS FACE AU SARCASME
Je reviens un peu plus précisément sur cette histoire de prisme à travers lequel on perçoit Rogue. Je me suis bien rendue compte qu’en ce moment, la tendance allait plutôt à la défense de la gentillesse et la bienveillance, mais, entre nous, je trouve que c’est au mieux naïf et chiant, au pire, un peu dangereux.
Qu'on soit d'accord : être gentil et faire le bien, c’est cool et on devrait le faire plus souvent. Croire que cela suffit pour survivre et que les enfants et les adolescents n’ont besoin que d’entendre cela, c’est inquiétant. Vivre une vie entière sans rencontrer de difficultés ni de personnes qui ne nous feront pas de cadeaux, ce n’est pas possible. C’est un peu comme l’enseignement d’Ombrage finalement. En refusant de leur enseigner la pratique, elle ne les prépare pas à la réalité du monde extérieur. Si je n’entoure des adolescents que de gentillesse et de bienveillance, je ne les prépare pas à la réalité du monde extérieur, du monde du travail, etc. Évidemment, on peut souhaiter que cette réalité soit différente, on peut oeuvrer pour qu’elle le soit, mais en attendant c’est une réalité qui existe et qu’il serait inconscient d’ignorer.
Une fois de plus, qu'on soit bien d'accord, je ne dis pas que si Rogue traite aussi durement, sévèrement et parfois injustement ses élèves, ce n’est pas pour leur rendre service et par bonté d’âme. Ce que je suis en train d’expliquer, c’est que la plupart de ce qu’il fait ou de ce qu’il dit est sans graves conséquences. On l’accuse de retirer des points injustement quand… perdre des points n’a réellement aucune conséquence. Bien sûr, et pour l’avoir expérimenté, quand on appartient à une maison et une équipe comme c’est le cas de tous les élèves de Poudlard, les points deviennent importants, parce qu’on se prête au jeu de la compétition et qu’on a envie de gagner. Mais, dans le cadre de Poudlard et de sa coupe des quatre maisons, gagner n’apporte ni privilège, ni meilleure éducation, ni rien du tout, alors perdre n’a aucune conséquence. On peut s’intéresser au rôle que ces gratifications ont sur la confiance en soi mais, de mon point de vue, une confiance en soi qui vient des autres est… oxymoriale et n’a donc qu’un intérêt illusoire. On accuse aussi Rogue d'avoir l'heure de colle un peu facile mais je serais curieuse de savoir combien d'heures de retenue qui n'ait pas été justifiée par un comportement inadéquat il a réellement données. Bien peu, si tu veux mon avis.
Pour en revenir à Severus Rogue, certaines de ses réflexions - comme l’épisode du sortilège de Malefoy VS les dents de Hermione rappelé dans un chapitre précédente - relèvent de la pure méchanceté et n’auraient rien à faire dans la bouche d’un enseignant dans l’exercice de ses fonctions. Je ne les ai pas compté mais les interventions de cette nature ne sont pas si nombreuses. Dans l’ensemble, les interventions de Rogue relèvent plus de l’ironie et du sarcasme, qui, si elles n’étaient pas reçues par les oreilles d’adolescents de 15 ans susceptibles, seraient même… drôles.



« -C'est gentil à vous de venir nous voir, Potter. Dommage que vous jugiez les robes de l'école indignes de votre élégance naturelle. » - Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé (Chapitre 8, « La Victoire de Rogue »)

Alors oui, le sarcasme et l’ironie ne sont, par définition, pas des manifestations de la gentillesse et de la bienveillance. Mais tu sais quoi ? Ce n’est pas pour autant que j’ai envie de les condamner, d’encourager des jugements qui les condamnent ou de condamner celles et ceux qui la pratiquent. Parce que je n’ai pas l’intention de me condamner moi-même, pour commencer.

Rogue Fanart
© Art by Jaz. ? - Je n'ai pas trouvé de lien, désolée !


LE MAÎTRE DES POTIONS & L’OBLIGATION D’EXIGENCE
S’est-on déjà demandé si Severus Rogue, en tant que professeur de potions, avait raison d’être aussi sévère, intransigeant et de n’exiger que l’excellence de la part de ses élèves ? Observons un instant les autres matières enseignées à Poudlard. L’arithmancie, l’astronomie, l’étude des moldus, l’études des runes et l’histoire de la magie sont toutes des matières plutôt théoriques qui ne présentent aucun danger. La défense contre les forces du mal, la métamorphose et les sortilèges ont une dangerosité relatives au pouvoirs des sorciers qui les exercent : rater un sort ou en utiliser un dangereux, ne présentent pas beaucoup de risques dans le cadre des premières années comme l’explique Ron :

« Mais on ne meurt que dans les vrais duels, avec des vrais sorciers. Tout ce que vous arriverez à faire Malefoy et toi, c’est à vous envoyer des étincelles. Vous ne vous y connaissez pas suffisamment en magie pour vous faire du mal. » - Harry Potter à l’École des Sorciers (Chapitre 9, « Duel à Minuit »).

… et comme le re-précise Maugrey-Croupton :

« Avada Kedavra est un maléfice qui exige une grande puissance magique. Si vous sortiez tous vos baguettes à cet instant et que vous les pointiez sur moi en prononçant la formule, je ne sais même pas si vous arriveriez à me faire saigner du nez. » - Harry Potter et la Coupe de Feu (Chapitre 14, « Les Sortilèges Impardonnables »).

En bref, une erreur, un manque de sérieux ou de rigueur dans une classe qui semble à première vue aussi dangereuse qu’un cours de Défense Contre les Forces du Mal sur les sortilèges impardonnables n’aura à priori aucune conséquence dramatique. Observons maintenant ce qu’il se passe lors du premier cours de potions de la première année, autant dire, le b.a-ba du sujet. Les élèves ont pour consigne de préparer quelque chose qui semble tout à fait inoffensif : une potion destinée à soigner les furoncles. Neville Londubat fait une erreur qui apparaît à priori minime puisqu’il ajoute des épines de porc-épiques avant de retirer son chaudron du feu, au lieu d’après. En plus des furoncles qui poussent sur les bras, les jambes et le nez de Neville, voici ce qu’il se passe :

« Neville Londubat s’était débrouillé pour faire fondre le chaudron de Seamus et leur potion se répandait sur le carrelage en rongeant les chaussures des élèves. » - Harry Potter à L’École des Sorciers (Chapitre 8, « Le Maître des Potions »).

Ce qui m'amène à la comparaison suivante. Un sortilège de mort lancé par toute une classe de quatrième année = au pire, cela fait saigner du nez. Une petite erreur dans la préparation d’une potion basique de niveau première année = la potion se transforme en une sorte d’acide corrosif qui fait fondre un chaudron en étain (modèle standard, taille 2) et ronge les pieds des élèves. Certains accusent Rogue d’une trop grande sévérité, je dis que c’est plutôt un homme avisé qui a raison de ne pas laisser faire n’importe quoi à ses élèves.

Lors de la cinquième année de Harry, Rogue commence son premier cours par parler des BUSEs qui auront lieu à la fin de l’année.

« Je vous conseille de consacrer tous vos efforts à maintenir le haut niveau que j’attends de mes élèves en année de BUSE. » - Harry Potter et L’Ordre du Phénix, (Chapitre 12, « Le Professeur Ombrage »).

Si Rogue n’est pas le plus généreux en compliments, cela ne l’empêche pas d’avoir beaucoup d’attentes envers ses élèves. Il estime donc qu’ils sont capables de réussir. Quelque part, il me fait penser à la manière dont Gregory House, dans la série « Dr. House » agit avec ses équipes successives. Il les pousse à bout, il teste leurs limites et il est intransigeant parce que les conséquences peuvent être fatales mais obtient le meilleur des personnes qu’il a devant lui. Je crois qu’aucun des médecins ayant collaboré avec House au fil des saisons n’a jamais estimé qu’il soit un mauvais professeur. Un sale con, sans aucun doute, mais un mauvais professeur, jamais.
D’autant que leur enseignement, à House comme à Rogue, apporte des résultats plutôt bons, dont de plusieurs indices nous sont distillés au fil des tomes - pour Rogue, pas pour House, évidemment. Dolores Ombrage, lors de son inspection, estime la classe de rogue « très avancée par rapport au niveau habituel ». On peut, bien entendu, remettre en cause le jugement d’un tel professeur mais on peut au moins estimer, 1) qu’elle se base sur un programme « officiel » 2) qu’elle n’aurait pas hésité à démonter l’enseignement d’un professeur proche de Dumbledore si elle en avait eu l’occasion.
Durant ce même début d’année, on s’est sans doute tous insurgés de l’ "injustice" dont faisait preuve Rogue quand il faisait disparaître les potions de Harry en lui collant des zéros. On oublie la conséquence que cette sévérité à sur le comportement de Harry et qui devrait être l’objectif de tous les professeurs : pousser les élèves à être plus attentifs et à obtenir de meilleurs résultats.
Voyons plutôt ce qu'il se passe. Semaine 1 : Harry ne lit pas correctement des instructions notées au tableau et rate son philtre de Paix. Semaine 2… 

« Décidé à ne pas donner à Rogue un prétexte pour lui faire rater sa potion du jour, Harry lut et relut ligne à ligne les instructions inscrites au tableau avant de les mettre en pratique. Sa solution de Force n’avait certes pas la couleur turquoise de celle d’Hermione mais au moins, elle était bleue ». - Harry Potter et L’Ordre du Phénix (Chapitre 15, « La Grande Inquisitrice de Poudlard »).

Grâce à l’injustice de Rogue, Harry a retenue son erreur et gagné en rigueur. La même chose se serait-elle passée si Rogue s’était contenté de lui donner une note passable ? Encore une fois, je ne suis pas en train de prétendre que Rogue traite Harry avec injustice pour lui rendre service, puisque ce n’est pas le cas. Ce qui se vérifie en revanche, c’est que son enseignement n’est pas si mauvais, ne serait-ce que parce qu’il ne donne pas de mauvais résultats. Il en donne même de plutôt bons, si on observe les résultats aux épreuves des BUSEs des élèves de l’année de Harry. Hermione, sans surprise, a obtenu un Optimal. Harry, qui n’a jamais étudié les potions dans de bonnes conditions avant sa sixième année, a tout de même obtenu un Effort Exceptionnel et Ron aussi, qui n’est pourtant pas connu pour sa nuance et sa subtilité, qualités toujours utiles à un bon préparateur de potions. Si on observe la composition de la classe présente au premier cours du professeur Slughorn, on remarque que seuls Harry et Ron n’ont pas leur manuel et leurs affaires de potions et donc qu’ils sont sans doute les seuls présents à n’avoir pas envisagé de poursuivre l’étude de cette matière. On peut en déduire que tous les élèves présents le sont sous les conditions du professeur Rogue, à savoir, qu’ils ont obtenu un Optimal à leur BUSE de potions, soit dix élèves de l’année de Harry. À cela deux explications : soit la mention « optimale » aux BUSEs n’est pas si difficile à obtenir, soit l’enseignement de Rogue porte ses fruits. Étant donné qu’on n’a peu d’informations sur les différents résultats des élèves dans les autres matières, c’est un peu compliqué de comparer mais si on prend en compte que Hermione Granger elle-même n’a pas de mention optimale en Défense Contre les Forces du Mal, on peut admettre qu’obtenir la meilleure note à ces examens n’est pas un but si facile à atteindre... et donc que Rogue n'a pas fait un si mauvais travail que ça avec sa bande de cornichons.


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Si tu as des commentaires, des réactions ou des questions à partager, n'hésite surtout pas, je serais ravie de poursuivre le débat !

Les chapitres précédents et suivants seront répertoriés dans l'article d'Introduction & Sommaire au fur et à mesure de leur publication.

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Lily

2 commentaires:

  1. J'ai lu tous tes articles consacrés à Rogue avec beaucoup de plaisir, c'était super intéressant, merci :)

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    1. Merci à toi !! Il y reste deux chapitres après celui-ci. Un que j’ai déjà publié et un autre qui le sera dans la journée :) N’hésite pas à jeter un coup d’oeil si ça t’intéresse ;-)

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